Aujourd’hui, enfin ces jours-ci, les moines tibétains manifestent. Ils commémorent le 49è anniversaire du soulèvement manqué contre le communisme.
On est à Lhassa, la capitale du Tibet (Pö pour les tibétains, Xizang pour les chinois).Altitude 3684m. 150 000 personnes habitent dans cette ville dont seulement 50 000 tibétains (le
résultat des colonisations chinoises). Les balles réelles fusent, des incendies naissent un peu par-ci par là. Il y a plusieurs morts (~100 pour les tibétains, seulement 10 d’après les chinois).
Ça ressemble aux manifestations de 1959 quand plus de 10 000 tibétains sont massacrés et quand Tenzin Gyatso (le 14è Dalaï-lama) et 100 000 de ses fidèles fuient vers Dharamsala (en
inde). À l’époque, le soulèvement était préparé depuis 1950, mais la force chinoise a réduit les militants en purée.
Pour remettre les choses dans l’ordre, on rappelle que le dalaï-lama est le chef des Gelupka (les bonnets jaunes comme disent les chinois). Le panchen-lama est lui le chef des bonnets rouges,
l’ordre grand mouvement religieux bouddhiste tibétain. Seulement ce panchen-lama ne représente plus vraiment la liberté depuis que c’est le gouvernement chinois qui en 1995 a désigné le 11è (le
10è ayant du « déménagé » avec ses parents à Pékin). Le nouveau panchen-lama s’appelle Gyatsen Norbu, il est fils de militants communistes tibétains.
Aujourd’hui, on sait que le Tibet appartient à la chine (M. Sarkozy nous l’a bien rappelé lors de son voyage officiel en chine) mais les tibétains espèrent encore en la liberté. Cette liberté
qu’ils ont commencée à perdre dès le 17è siècle quand les chinois envahissaient l’est du Tibet puis complètement ensuite, d’abord à cause des britanniques (le « protectorat ») puis
encore les chinois en 1909. Lors de cette ré-invasion chinoise, de très nombreuses lamaseries seront détruites. Ainsi déjà à cette époque, le dalaï-lama était bien habitué à s’exiler tantôt en
inde, tantôt en Mongolie. En 1914, on se partage le Tibet : le Tibet extérieur sera autonome, et le Tibet intérieur sera chinois. Cet accord sera signé par les Britanniques, les Chinois et
les Tibétains, mais cet accord ne convient finalement pas aux chinois qui ne le reconnaitront pas et décident de coloniser petit à petit ce territoire qui a la (mal) chance de surplomber l’inde.
Aujourd’hui la chine continue de coloniser ce pays, noyant petit à petit la culture et l’appartenance tibétaine. On a ainsi un territoire qui compte plus de chinois que de tibétains (imaginez 60
millions de français dont 40 serait chinois, où le chinois serait la langue et la culture officielles, ou nos rébellions seraient matées).
Alors à quelques mois des JO, les tibétains savent qu’est venu le moment de faire vraiment parler d’eux, le moment où quelque chose est réellement possible : l’opportunité est trop belle
pour la laisser filer. Les chinois savent eux, de leur coté, que ce n’est pas le moment de faire une boulette, où le bain de sang serait très malvenu et dégraderait leur image. Image qui n’est
pas vraiment très glorieuse car le bilan des années 1950-1990 est du côté tibétain quand même 2 000 000 de morts du à la faim, la torture, les exécutions sommaires ou déportations dans
les camps de travail. (quid 2002).
Ce 14 mars, l’Europe appelle les chinois à de la « retenue ». les USA, de leur côté, demandent officiellement de ne pas utiliser la force, les tibétains, la paix et la liberté. Et les
chinois veulent eux simplement que les JO se passent bien, et qu’ils puissent continuer de prospérer comme ils le font.
Le 17 mars, les chinois donnent un aspect très négatif des manifestants. Ils accusent ainsi les tibétains de cruauté (oreille tranchées, bouts de chair arrachés sur les policiers etc.). Oui c'est
vilain, mais étonnement, dans la bouche des chinois, ça sonne un peu faux. Je ne dis pas que ce n'est pas vrai, je n'en sais rien, je ne suis pas sur place pour vérifier (aucun journaliste n'y
est non plus d'ailleurs car la frontière est fermée à tous les étrangers). Mais quand même les militaires chinois n'ont pas pour habitude de faire dans le sentimental avec les insurgés,
l'Histoire nous donnera souvent raison. On comprend bien ce coup de communication pour discréditer sur la scène internationale les manifestants, mais tant que ce qui se passe là-bas restera
opaque comme ça l'est aujourd'hui, on aura du mal à croire à la version que le "gouvernement" chinois essaye de nous faire avaler.
Certaines données sont issues de Quid 2002 (ed. Robert Laffont) d'autres des radios nationales françaises.
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